Sur l’inorganisation du transport public dans la cité

Sur l’inorganisation du transport public dans la cité

La grève des transporteurs publics, observée le lundi 18 septembre 2017, a mis à nu l’inorganisation et l’imprévoyance dans la gestion de la cité. Le gouvernement, pris de court par l’explosion de colère des manifestants le mardi 12 septembre précédent, a annoncé pendant le week-end que des autobus allaient être mis à la disposition des écoliers et écolières le lundi 18 septembre. L’intention est louable mais l’application de cette disposition est tardive. Elle vient en réponse à une situation ponctuelle. Alors que sans essai préalable (comme un match test en football), l’initiative était vouée à l’échec.

Imaginez que le gouvernement, voulant vraiment innover, avait décidé, pour la rentrée scolaire dès le lundi 4 septembre, de doter la région métropolitaine d’un système de transport scolaire généralisé. Cela aurait un coût certes, mais l’efficacité, l’efficience, la productivité s’amélioreraient. L’accroissement de la réussite scolaire serait en hausse constante. Parce que l’élève qui jouit de conditions adéquates de circulation rapide pour atteindre son établissement scolaire et retourner à temps à la maison dispose de plus de temps pour la préparation de ses devoirs de maison et la révision de ses leçons. Comme l’élève qui fréquente la cantine de l’école – quand cette facilité de restauration est intégrée dans l’établissement – est mieux apte à la réceptivité des cours dispensés dans l’après-midi. En revanche, l’élève à l’estomac creux, au ventre vide n’est plus réceptif durant les cours.

Ce qui signifie que la fréquentation scolaire forme un «package». Pour reprendre une distinction tirée de l’économie politique, dans le milieu scolaire s’appliquent les économies internes d’échelle et les économies externes d’échelle. Les premières sont inhérentes à l’entreprise tandis que les infrastructures (routes, énergie électrique, communications téléphoniques, réseaux hydrauliques…) améliorent la productivité (le rendement) de l’entreprise. De même, tout ce qui facilite l’accès à l’école (économie externe d’échelle) améliore les performances scolaires. Une bonne organisation interne de l’établissement produit le même effet.

Alors, j’ai souri quand le gouvernement fit part de son désir de prendre le transport en main face à l’abstention des chauffeurs publics d’assurer le service (très précieux) le lundi 18 septembre. Comme de fait le résultat attendu a été un fiasco, puisqu’on n’a pas remarqué les autobus sur les divers circuits. Il aurait fallu un test préalable pour enclencher avec plus ou moins de succès cette transportation occasionnelle de substitution.

Il y a mieux : on s’est aperçu le lundi 18 septembre, à part la peur qui a paralysé les particuliers dans leur désir de vaquer à leurs occupations, que toute l’activité commerciale et industrielle est facilitée par les transports en commun, même désorganisés. Aucun effort n’a été déployé par les gouvernements successifs et mairies à la gouvernance stable pour doter la région métropolitaine justement d’un métro-bus, à défaut d’un métro-train. Ce retard d’adaptation de la normalisation dans la ville, nous le payons très cher.

Et nous ne pouvons plus faire l’économie d’un tel investissement. Avec effarement, j’ai réalisé le même jour que la SONAPI n’est toujours pas dotée d’un système autonome et minimal de transport du personnel ouvrier. Avec une telle carence, le manque à gagner pour la sous-traitance a été évident le lundi 18 septembre.

Définitivement, l’investissement public dans le transport collectif dans la zone métropolitaine est un «must».

Jean-Claude Boyer, Le Nouvelliste

Image : RTOH

 

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